La biomécanique de la douleur

Mis à jour : 29 oct 2019



Je tenterai de décrire ici-bas mon avis sur l'importance de la biomécanique et son impact sur la douleur dans certaines situations.


La biomécanique est l'exploration des propriétés mécaniques des organismes vivants ainsi que l'analyse des principes de l'ingénierie faisant fonctionner les systèmes biologiques.

En gros, c'est l'analyse de la "façon dont tu bouge" en lien avec un objectif déterminé, ou dans ce cas-ci, en rapport avec la douleur.


Je me base ici sur les résultats de plusieurs recherches qui ont su capter mon attention, ainsi que sur des articles d'auteurs experts dans le domaine que j'apprécie beaucoup, en particulier M. Greg Lehman, pour ne nommer que lui, physiothérapeute, chiropraticien et entraineur spécialisé dans l'entrainement en force, qui traite les troubles musculo-squelettiques sous un modèle biopsychosociale.

N.B. voir cet auteur pour les détails des exemples cités ci-dessous


1- La première situation dans laquelle la biomécanique est importante est sans aucun doute celle où nous devons lever des charges lourdes.

Il est relativement facile de prouver qu'une de ces composantes: techniques, préparation, amplitudes de mouvement ou qualité du mouvement, peut participer à l'apparition ou à l'aggravation d'une blessure musculosquelettique. Essentiellement, quand une charge externe dépasse la capacité d'un tissu à tolérer le stress, une blessure peut en résulter.

Un exemple de cela serait un étirement des muscles ischio-jambiers (muscles situés en arrière des jambes). Il semble que de fortes charges soient nécessaires pour déchirer un tendon et la force du tendon semble être un facteur qui modère le risque dans ce cas. La même chose pourrait être dite pour presque n'importe quelle déchirure musculaire. La force de base semble importante, mais on reconnait qu’elle n’est pas la seule variable à regarder. Un exemple connexe pourrait être les déchirures de ligament croisé antérieur (LCA) sans traumatisme. La force est un facteur atténuant, mais il en va de même pour la technique ou la qualité du mouvement. La plupart des gens tolèrent le soulèvement de charges légères avec une position de genoux en valgus et supportent même de fortes charges lorsqu'une flexion du genou est faite et est supérieure à 25 degrés, mais dans d'autres conditions, le genou en position valgus est capable de «surcharger» le LCA et de lui causer une blessures.

Je trouve que c'est un bel exemple où une variable biomécanique (la force) peut être plus protectrice que les variables "qualité du mouvement" ou "amplitude du mouvement". Ceci permet de déconstruire la croyance selon laquelle il est dangereux de prendre des objets au sol (charges légères à modérées) en pliant les genoux en position "vers l'intérieur"!


2- La deuxième situation dans laquelle la biomécanique peut être importante est celle de la performance. La façon que l'on a de bouger peut certainement influencer une performance recherchée.


3- La préparation l'emporte sur la qualité: il semble que de se préparer à ce à quoi vous allez vous exposez plus tard ait de meilleurs résultats en bout de ligne.

La théorie explique que les gens peuvent s’adapter au stress qui leur est imposé et que le stress n’est pas, en soi, une mauvaise chose. Nous le voyons dans tous les aspects du domaine des agents stressants biopsychosociaux. Le rapport entre une charge de travail aiguë et une charge chronique suggère que des modifications importantes des charges aiguës sont tolérées lorsqu'elles sont précédées d'un historique avec des charge de travail ou avec des facteurs de stress progressant de manière constante dans le temps.


Ceci est fondamental pour l'être humain: "nous répondons positivement aux différents stress imposés à notre corps. Si les charges biomécaniques dépassent ce à quoi nous sommes préparés, nous risquons davantage de nous blesser."

FAIT INTÉRESSANT:

Notre adaptabilité et notre réponse à la charge de travail physique ou notre «préparation» seraient aussi influencées par d'autres facteurs comme les stresseurs psychosociaux. Voir une bonne étude sur le sujet ICI.


4- La biomécanique est importante également dans les cas de désensibilisation: il est souhaitable de modifier temporairement la façon dont est effectué un mouvement, afin d'arriver à désensibiliser la personne en douleur. La désensibilisation est aussi liée à d’autres variables. Parfois, nous avons mal et nous devons simplement donner une pause à notre corps / nous-mêmes. Nous supposons que l'exposition au stress est une bonne chose et qu’il causera une adaptation, mais souvent dans la douleur, il est plus facile de renoncer à imposer une charge, que l'opposé. Mon défi en tant que kinésiologue est de répondre à la question «dois-je m'exposer ou me protéger?"

S'exposer suggère que la personne a besoin d'un nouveau stimulus pour provoquer une adaptation souhaitée, et se protéger suggère plutôt que la suppression du stimulus est plus importante à ce moment précis. Il peut tout aussi bien être déterminé que la personne n'est pas "préparée" à l'exposition à un nouveau stimulus. Lorsque l'on travaille sous "l'approche de modification des symptômes" pour le traitement de la douleur, nous pouvons voir un patient ayant une tension tissulaire aiguë, et décider d'opter pour une intervention avec entrainement en force (avec charge) pour avoir un stimuli efficace, ou bien un patient ayant de la douleur persistante à qui on décide enseigner à bouger différemment pour obtenir un meilleur contrôle sur sa douleur, et ensuite reprendre ses activités quotidiennes, obtenant lui aussi les résultats escomptés.


Ce qui n'est pas assez dit aux gens avec de la douleur, c'est qu'il existe des moyens de bouger qui sont moins pénibles pour eux à ce moment de leur vie, en opposition à ce qui est malheureusement TROP DIT: qu'il existe une façon «correcte» ou «parfaite» de bouger.

On ne doit toutefois pas penser que la biomécanique à elle seule est la raison d'une diminution de douleur. Le changement biomécanique pourrait avoir un impact significatif sur les facteurs psychosociaux. On peut même supposer qu'enseignement une modification de mouvement est un défi cognitif lors de présence de douleur, et que cela peut confronter les gens à leur propre force et les amener à changer la vision de leur douleur qu'ils ont.


Lorsque nous, thérapeutes, apprenons aux gens à bouger différemment pour contrôler leur douleur, nous pouvons créer des comportements de sécurité inutiles et c'est risqué! Nous pouvons facilement aller "trop loin" en faisant sentir à nos patients qu’ils ne peuvent pas faire certains mouvements sans leur apporter certains correctifs ou encore qu'ils doivent avoir une "checklist" de points à respecter pour pouvoir "bien bouger". À mon avis, nous expliquons cela comme un changement temporaire.


Enfin, les changements cinématiques induits par la modification des symptômes pourraient être une mauvaise idée pour ceux qui évitent la peur et qui retirent davantage de mouvement. Ce groupe a peut-être évité et le traitement consiste à exposer le mouvement douloureux ou le mouvement redouté. Encore une fois, c'est cette décision difficile que nous prenons. Nous pouvons attaquer l’ours, mais nous ne devrions probablement pas nous en débarrasser.


5- La biomécanique est importante dans l'interruption des paterns de mouvements.

De façon très similaire au # 4, C'est la notion que parfois lorsque nous avons mal, nous continuons à faire la même chose qui nous aggrave. Peut-être sans le savoir ou peut-être à cause d'une déficience d'une variable biomécanique qui ne nous permet pas de l'éviter.

Lorsque vous vous assoyez et que vos fesses commencent à vous faire mal, l'idée #1 serait de bouger, changer de position. Nous supposons que la "nociception" est en train de se produire et qu'elle catalyse le mouvement avant qu'il y ait douleur ou même dommage. Lorsque vous ne pouvez pas corriger et bouger, des dommages peuvent en résulter (pensez ici aux plaies de lit d'un patient couché à l'hôpital sur de longues périodes).

En bref, la biomécanique est une option, mais rarement la seule, pour aider les personnes souffrantes. Changer la biomécanique ou adopter une approche «biomécanique» peut être utile, mais, peut-être pas nécessaire non plus.

Un plan d'action adéquat pourrait être que lorsque les charges deviennent plus élevées et importantes dans la réadaptation, et que de ce fait, il y ait plus de facteurs de risque de lésions tissulaires, que la biomécanique devienne une "exigence" dans le traitement choisi. Toutefois, la préparation du mouvement, l'optimisation de l'entraînement et la réponse à la charge devrait être considérés et utilisés prioritairement au changement de la technique biomécanique, pour influer sur notre réponse à ces charges externes parfois liées à une blessure.



Andrée-Anne, kinésiologue

http://www.greglehman.ca/blog/2017/9/19/when-biomechanics-matters

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