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Vous n'êtes pas votre IRM

Dernière mise à jour : il y a 17 heures

Dans notre culture, on accorde beaucoup d’importance à l’image. L’apparence du corps, sa forme, sa taille, sa symétrie, sa posture, sa « normalité » apparente : tout cela peut rapidement devenir une façon de juger la santé.


Même dans l’industrie du bien-être, qui prétend promouvoir la santé, on retrouve souvent un message implicite : être en santé, ce serait avoir un certain look. Un corps mince, tonique, ferme, sans défaut visible.


On sait pourtant que cette obsession de l’image peut être dommageable. L’exposition répétée à des idéaux corporels irréalistes peut influencer l’image corporelle, l’estime de soi et les comportements alimentaires, surtout chez les jeunes femmes (Spettigue & Henderson, 2004).


Et si on vivait quelque chose de semblable avec l’imagerie médicale?

Pas avec l’image extérieure du corps, mais avec l’image intérieure : radiographie, IRM, scan, échographie.


Et si voir une « anomalie » sur une image pouvait parfois nuire à la façon dont une personne perçoit son corps, sa douleur et ses capacités?


Une image n’est pas une personne

Une IRM, une radiographie ou une échographie peut être très utile. Dans certains contextes, l’imagerie permet de repérer une fracture, une tumeur, une infection, une atteinte neurologique, une rupture importante ou une condition qui exige une prise en charge spécifique.

Mais une image n’est jamais toute l’histoire.

Elle montre une structure à un moment précis. Elle ne montre pas directement la douleur. Elle ne montre pas la force, la fonction, la tolérance à l’effort, la qualité du sommeil, le stress, les peurs, les habitudes de mouvement, le niveau d’activité physique ou la capacité du corps à s’adapter.


Une IRM est une information. Pas une identité.


Vous n’êtes pas votre IRM.

Voir quelque chose ne veut pas dire que c’est la cause de la douleur

Un des grands pièges de l’imagerie, c’est qu’elle peut révéler des changements qui semblent inquiétants, mais qui sont parfois très fréquents chez des personnes qui n’ont aucune douleur.


C’est particulièrement vrai pour les troubles musculo-squelettiques.

Des termes comme « dégénérescence », « protrusion », « déchirure », « arthrose », « anomalie », « usure » ou « conflit » peuvent faire peur. Pourtant, plusieurs de ces changements peuvent être présents chez des personnes qui fonctionnent très bien, sans douleur et sans limitation importante.



Par exemple, une revue systématique publiée dans AJNR a montré que plusieurs signes de dégénérescence de la colonne lombaire sont fréquents chez des personnes asymptomatiques, et qu’ils augmentent avec l’âge. La dégénérescence discale était observée chez 37 % des personnes de 20 ans et chez 96 % des personnes de 80 ans, même sans douleur au dos (Brinjikji et al., 2015).


Ce type de donnée ne veut pas dire que l’imagerie ne sert jamais. Cela veut dire qu’il faut interpréter les résultats avec prudence.

Une image peut montrer des changements normaux liés à l’âge, à l’histoire du corps ou à l’adaptation des tissus. Elle ne permet pas toujours de dire : « voilà la cause de votre douleur ».


Des « anomalies » sont fréquentes, même sans douleur

On retrouve le même phénomène ailleurs que dans le dos.

À l’épaule, des études ont observé des changements à l’imagerie chez des personnes sans douleur. Par exemple, des déchirures de la coiffe des rotateurs peuvent être présentes chez des personnes asymptomatiques, surtout avec l’avancée en âge (Minagawa et al., 2013).


Au genou, l’étude de Framingham a montré que des anomalies détectées à l’IRM sont très fréquentes chez des adultes de plus de 50 ans, même chez des personnes sans douleur au genou (Guermazi et al., 2012).


À la hanche, une revue systématique a rapporté que des trouvailles associées au conflit fémoro-acétabulaire ou à des atteintes labrales peuvent aussi être présentes chez des personnes asymptomatiques (Frank et al., 2015).


Le point commun est simple : une image peut trouver quelque chose, même quand la personne n’a pas mal.


Donc si vous avez mal, et qu’on trouve quelque chose à l’image, il faut éviter de conclure trop vite que cette trouvaille explique tout.


L’imagerie peut parfois aider, mais elle peut aussi nuire

Le problème n’est pas l’imagerie en soi. Le problème, c’est l’imagerie utilisée trop tôt, trop souvent, ou expliquée d’une façon qui fait peur.


Quand une personne reçoit un résultat comme « dégénérescence discale », « arthrose », « déchirure » ou « anomalie », elle peut commencer à croire que son corps est abîmé, fragile ou usé. Elle peut éviter de bouger, craindre certains mouvements, perdre confiance, demander d’autres tests ou envisager des traitements plus invasifs.


C’est ce qu’on appelle parfois un effet nocebo : une information, même vraie, peut aggraver l’inquiétude, la vigilance et l’expérience de la douleur si elle est présentée sans contexte.


Le langage compte. Les mots peuvent faire peur ou redonner du pouvoir d’agir. En réadaptation musculo-squelettique, Stewart et Loftus rappellent que les mots utilisés par les professionnel·les peuvent influencer la perception de fragilité, la peur et les comportements de protection (Stewart & Loftus, 2018).


Dire « votre dos est usé » n’a pas le même effet que dire « on voit des changements fréquents avec l’âge, mais ils ne déterminent pas à eux seuls votre douleur ni vos capacités ».


Pour la douleur lombaire, l’imagerie n’est pas toujours nécessaire

Pour la douleur au bas du dos, les recommandations sont assez claires : en l’absence de signaux d’alarme, il n’est généralement pas recommandé de demander une imagerie d’emblée.


Choisir avec soin Canada recommande de ne pas recourir à l’imagerie pour les douleurs lombaires sauf en présence de signaux d’alarme. Ces signaux peuvent inclure, par exemple, des déficits neurologiques progressifs, une suspicion de fracture, d’infection, de cancer ou d’autre pathologie grave.

Pourquoi éviter l’imagerie inutile?

Parce qu’elle peut entraîner :

  • de l’inquiétude inutile;

  • une exposition aux radiations dans le cas de certaines techniques;

  • des tests supplémentaires;

  • des traitements non nécessaires;

  • une interprétation excessive de changements fréquents;

  • des coûts et délais pour le système de santé;

  • du temps clinique perdu pour des soins plus pertinents.

Choisir avec soin Canada souligne aussi qu’éviter les examens d’imagerie précoces pour les douleurs lombaires non compliquées permet de réduire le stress inutile, les tests superflus et la charge de travail en soins primaires (Choisir avec soin Canada, 2025).


Une ressource utile pour les professionnel·les et les patient·es

Pour les professionnel·les de la santé, le site Choisir avec soin Canada est une excellente ressource pour soutenir les discussions sur l’imagerie, les examens parfois inutiles et les décisions partagées avec les patient·es.


Je vous invite à consulter leurs recommandations sur l’imagerie pour les douleurs lombaires, et surtout à orienter aussi vos patient·es vers leur section destinée au public.


Ces ressources peuvent aider à expliquer, dans un langage accessible, pourquoi une imagerie n’est pas toujours nécessaire, pourquoi « en faire plus » n’est pas toujours mieux, et comment reconnaître les situations où une investigation devient pertinente.


L’objectif n’est pas de refuser l’imagerie lorsqu’elle est indiquée. L’objectif est de l’utiliser au bon moment, pour les bonnes raisons, avec une explication qui rassure au lieu d’inquiéter.


Ressources :

Le bon examen ne se limite pas à une image

Un bon raisonnement clinique ne se limite pas à regarder une image. Il doit tenir compte de la personne entière.

Cela inclut :

  • l’histoire de la douleur;

  • les signes neurologiques;

  • les symptômes associés;

  • la fonction;

  • les mouvements tolérés ou non;

  • la force;

  • les objectifs de la personne;

  • le sommeil;

  • le stress;

  • le niveau d’activité;

  • les peurs et croyances;

  • l’évolution dans le temps;

  • les signes qui nécessitent une investigation médicale.


L’imagerie peut faire partie de cette réflexion. Mais elle ne devrait pas remplacer l’examen clinique, ni devenir le centre de l’identité de la personne.

On ne traite pas une image.

On accompagne une personne.


Quand faut-il consulter rapidement?

Il faut consulter rapidement si la douleur est accompagnée de signes comme :

  • perte de force progressive;

  • engourdissements importants ou qui s’aggravent;

  • perte de contrôle de la vessie ou des intestins;

  • fièvre inexpliquée;

  • perte de poids inexpliquée;

  • douleur après un traumatisme important;

  • douleur constante qui ne varie pas avec les positions ou les activités;

  • antécédent de cancer ou suspicion d’une condition sérieuse.


Dans ces contextes, l’imagerie peut être nécessaire et pertinente.

Le message n’est donc pas : « l’imagerie ne sert à rien ».

Le message est : « l’imagerie doit être utilisée au bon moment, pour les bonnes raisons, et interprétée dans le bon contexte ».


Vous êtes plus que votre résultat

Si votre IRM montre une « anomalie », cela ne veut pas dire que votre corps est brisé.

Si votre radiographie montre de l’arthrose, cela ne veut pas dire que vous devez arrêter de bouger.

Si votre échographie montre une déchirure, cela ne veut pas dire automatiquement qu’une chirurgie est nécessaire.

Et si votre imagerie ne montre rien, cela ne veut pas dire que votre douleur n’est pas réelle.


Votre douleur est réelle. Votre expérience compte. Mais l’image n’est qu’une partie de l’histoire.

Votre corps est vivant, adaptable, influencé par plusieurs facteurs. Il peut devenir plus fort, plus tolérant, plus confiant, plus fonctionnel.

Le but n’est pas d’ignorer les images.

Le but est de ne pas leur donner plus de pouvoir qu’elles n’en ont.


Vous n’êtes pas votre IRM.
Vous n’êtes pas votre radiographie.
Vous êtes une personne avec une histoire, un contexte, des capacités, des objectifs et un corps qui peut encore s’adapter.


Références


Brinjikji, W., Luetmer, P. H., Comstock, B., Bresnahan, B. W., Chen, L. E., Deyo, R. A., Halabi, S., Turner, J. A., Avins, A. L., James, K., Wald, J. T., Kallmes, D. F., & Jarvik, J. G. (2015). Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration in asymptomatic populations. AJNR. American Journal of Neuroradiology, 36(4), 811-816. https://doi.org/10.3174/ajnr.A4173



Choisir avec soin Canada. (s. d.). Ressources patients. https://choisiravecsoin.org/ressources-patients/


Flynn, T. W., Smith, B., & Chou, R. (2011). Appropriate use of diagnostic imaging in low back pain: A reminder that unnecessary imaging may do as much harm as good. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 41(11), 838-846. https://doi.org/10.2519/jospt.2011.3618


Frank, J. M., Harris, J. D., Erickson, B. J., Slikker, W., Bush-Joseph, C. A., Salata, M. J., & Nho, S. J. (2015). Prevalence of femoroacetabular impingement imaging findings in asymptomatic volunteers: A systematic review. Arthroscopy, 31(6), 1199-1204. https://doi.org/10.1016/j.arthro.2014.11.042


Guermazi, A., Niu, J., Hayashi, D., Roemer, F. W., Englund, M., Neogi, T., Aliabadi, P., McLennan, C. E., Felson, D. T., & Hunter, D. J. (2012). Prevalence of abnormalities in knees detected by MRI in adults without knee osteoarthritis: Population based observational study. BMJ, 345, e5339. https://doi.org/10.1136/bmj.e5339


Minagawa, H., Yamamoto, N., Abe, H., Fukuda, M., Seki, N., Kikuchi, K., Kijima, H., & Itoi, E. (2013). Prevalence of symptomatic and asymptomatic rotator cuff tears in the general population: From mass-screening in one village. Journal of Orthopaedics, 10(1), 8-12. https://doi.org/10.1016/j.jor.2013.01.008

Spettigue, W., & Henderson, K. A. (2004). Eating disorders and the role of the media. Canadian Child and Adolescent Psychiatry Review, 13(1), 16-19. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC2533817/


Stewart, M., & Loftus, S. (2018). Sticks and stones: The impact of language in musculoskeletal rehabilitation. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 48(7), 519-522. https://doi.org/10.2519/jospt.2018.0610

 
 
 

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