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Est-ce la « mauvaise posture » qui est le problème ou est-ce simplement le fait que vous ne bougez pas assez?

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Si votre « mauvaise posture » était réellement la cause du problème, pourquoi votre corps ne choisirait-il pas naturellement une autre position pour se soulager? Pourquoi resterait-il dans une posture qui le mettrait en danger?



C’est ici qu’il faut revenir à un concept important : la nociception.


La nociception, ce n’est pas exactement la douleur. C’est le système d’alarme qui détecte certains changements dans les tissus, comme une pression, une tension, une température ou une irritation potentiellement menaçante. Elle peut contribuer à la douleur, mais elle sert aussi à nous faire bouger, nous ajuster, changer de position.

Autrement dit, quand une position devient inconfortable, le corps nous pousse souvent à bouger. Ce n’est pas nécessairement parce que la posture est « mauvaise ». C’est peut-être simplement parce que le corps a besoin de variation.


Et c’est là que le débat devient intéressant : est-ce vraiment la posture qui est le problème, ou est-ce le manque de mouvement?

Il n’existe pas une posture parfaite

L’idée qu’une posture bien droite serait automatiquement meilleure pour le dos est très répandue. Pourtant, les données scientifiques ne soutiennent pas l’existence d’une seule posture idéale qui préviendrait la douleur au dos.


Dans un article de perspective publié dans le Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, Slater et ses collègues rappellent qu’il n’existe pas de preuve solide qu’une posture « correcte » prévienne la lombalgie, ni qu’une seule courbure de la colonne soit fortement associée à la douleur (Slater et al., 2019).


Leur message est clair : les colonnes vertébrales varient naturellement d’une personne à l’autre. Certaines personnes sont plus droites. D’autres sont plus courbées. Certaines s’assoient affaissées. D’autres très droites. Et ces variations ne sont pas automatiquement des défauts à corriger.


La colonne est une structure robuste, adaptable, capable de bouger et de tolérer différentes positions.



" Je crois que nous devons arrêter d'en mettre sur le "dos" de la posture. "


Les gens croient beaucoup à la posture


Même si les preuves sont limitées, la croyance dans la « bonne posture » reste très forte.

Dans une étude menée auprès de 355 personnes, avec et sans lombalgie chronique non spécifique, 96 % à 98 % des participant·es considéraient que la posture assise était importante dans la gestion de la douleur au dos (O’Sullivan et al., 2013). La majorité choisissait une posture assise plutôt droite ou lordosée comme « meilleure posture », et une posture affaissée comme « pire posture ».


Ce qui est intéressant, c’est que ces perceptions étaient très similaires chez les personnes avec douleur et sans douleur. Autrement dit, même les personnes qui n’avaient pas mal au dos partageaient cette idée qu’il faudrait s’asseoir d’une certaine manière pour « bien faire ».


Cela montre à quel point la posture est aussi une croyance culturelle. On apprend tôt qu’être droit signifie être discipliné, en santé, respectable, attentif. À l’inverse, être voûté ou affaissé est souvent associé à la paresse, à la fatigue ou à la négligence.

Mais une croyance très répandue n’est pas nécessairement une vérité biomécanique.


S’asseoir droit toute la journée : vraiment mieux?

On nous suggère souvent de nous asseoir avec le dos bien droit, les épaules reculées, la tête alignée, le tronc engagé.


Mais avez-vous déjà essayé de maintenir cette position toute la journée?

C’est exigeant.


Une posture très droite demande souvent plus d’effort. Elle peut augmenter la tension musculaire, créer de l’inconfort et devenir difficile à maintenir. Ce n’est pas parce qu’une posture semble « belle » qu’elle est nécessairement confortable, utile ou adaptée à votre corps.


Dans l’étude d’O’Sullivan et collègues, une posture très droite était même choisie par certaines personnes comme la meilleure posture, mais aussi par d’autres comme l’une des pires. Pourquoi? Parce qu’elle paraissait rigide, forcée, inconfortable ou peu naturelle (O’Sullivan et al., 2013).


Certaines données expérimentales suggèrent aussi que les différences d’activité musculaire entre différentes postures assises sont relativement modestes, et que s’asseoir « très droit » n’est pas nécessairement une stratégie plus économique ou plus confortable pour tout le monde (Caneiro et al., 2010).


C’est exactement le point : une posture peut être bonne pour une personne, dans un contexte, pendant un certain temps, et devenir désagréable si elle est imposée trop longtemps.


« Quelle posture est confortable maintenant, et est-ce que je peux la varier au besoin? »

S’asseoir n’est pas dangereux

La position assise n’est pas, en soi, dangereuse pour la colonne vertébrale.

Ce qui peut devenir problématique, ce n’est pas nécessairement d’être assis, ni d’être assis « croche ». C’est plutôt de rester longtemps dans la même position, de bouger peu, de manquer de capacité physique pour les tâches qu’on veut faire, ou d’avoir peur de bouger.


Slater et ses collègues soulignent qu’il ne faut pas faire peur aux gens avec des messages comme « s’asseoir est mauvais » ou « votre douleur vient de votre posture » (Slater et al., 2019). Encourager les gens à bouger et à changer de position peut être utile. Mais leur faire croire que rester assis plus de 30 minutes est automatiquement dangereux risque surtout d’augmenter la peur et l’hypervigilance.


L’article de Peter O’Sullivan, Leon Straker et Nic Saraceni publié dans The Guardian va dans le même sens : les données actuelles ne montrent pas qu’une « bonne posture » prévient la douleur au dos, ni qu’une « mauvaise posture » la cause directement (O’Sullivan et al., 2022).


Le message n’est pas de rester immobile pendant des heures. Mais vous pouvez cessez d'essayer de trouver "la bonne posture" !


La posture n’est pas toujours la cause de la douleur

Il est vrai que certaines positions peuvent déclencher ou augmenter une douleur. Une personne peut avoir mal assise, debout, penchée, en extension, ou dans une position très précise.


Mais attention : une posture qui déclenche une douleur n’est pas nécessairement la cause du problème. Elle peut simplement être une posture moins tolérée à ce moment-là. Elle peut être associée à une sensibilité accrue, à de la fatigue, à du stress, à un manque de sommeil, à une peur du mouvement, ou à une diminution de la capacité des tissus à répondre à certaines contraintes.

C’est une nuance importante.


Si une position augmente les symptômes, on peut l’ajuster temporairement. On peut explorer une autre façon de s’asseoir, de se relever, de bouger ou de répartir l’effort. Mais cela ne veut pas dire que la posture initiale était « mauvaise », dangereuse ou dommageable.


Dans l’article de Slater et collègues, les auteurs proposent plutôt d’aider les gens à trouver des postures plus confortables, plus détendues, et à reprendre confiance dans leur capacité à bouger (Slater et al., 2019).


La tête vers l’avant n’explique pas tout

On accuse souvent la posture de la tête vers l’avant d’être responsable des douleurs au cou. Pourtant, les études ne soutiennent pas une relation aussi simple.


Chez 1 108 adolescent·es australien·nes, Richards et collègues ont identifié différents profils de posture du cou et du haut du corps. Le résultat : les postures avec tête vers l’avant ou thorax affaissé n’étaient pas associées à plus de douleur au cou ni à plus de maux de tête (Richards et al., 2016).


Cette étude ne veut pas dire que la posture ne compte jamais. Elle veut dire qu’on ne peut pas regarder quelqu’un de profil et conclure automatiquement : « Voilà pourquoi tu as mal! »


Le vrai problème : être sous-préparé

Je crois sincèrement que le débat sur la posture n’est pas le bon débat.


Le vrai enjeu, souvent, c’est la préparation.

Si votre corps passe la majorité de la semaine assis, peu sollicité, peu exposé à des charges variées, puis qu’on lui demande soudainement de jouer au ballon avec les enfants, de jardiner pendant trois heures, de déménager des boîtes, de faire une randonnée ou de reprendre l’entraînement intensif, il est possible qu’il réagisse.

Pas parce qu’il est fragile.


Parce qu’il n’a pas été préparé progressivement à cette demande.


S’asseoir ne fatigue pas vraiment les tissus. Au contraire, on pourrait dire que la position assise est souvent trop reposante pour créer des adaptations significatives.


Elle ne stimule pas beaucoup la force, l’endurance, la mobilité, la tolérance à l’effort ou la confiance dans le mouvement.


Aucune « bonne posture » ne peut remplacer un corps qui bouge, qui se renforce et qui est exposé graduellement à différentes contraintes.


Arrêtons d’en mettre sur le dos de la posture

Dire aux gens de « se tenir droit » est rarement suffisant. Et parfois, ce message peut même devenir nuisible. Pourquoi? Parce qu’il peut faire croire que le dos est fragile. Qu’il faut toujours le surveiller. Qu’il faut éviter de se pencher. Qu’il faut contracter son tronc. Qu’il faut contrôler chaque mouvement. Qu’une posture relâchée est dangereuse.

Ces messages peuvent augmenter la peur et diminuer la confiance.


Or, la colonne vertébrale est faite pour bouger. Elle peut se fléchir, s’arrondir, s’étirer, tourner, se charger et s’adapter. Elle n’a pas besoin d’être protégée en permanence contre la vie quotidienne.


Évidemment, certaines tâches demandent une progression, surtout si elles sont lourdes, nouvelles, répétitives ou faites dans un contexte de fatigue. Mais ce n’est pas la même chose que de dire : « Votre posture est mauvaise. »


Quoi faire concrètement?

Au lieu de chercher LA posture parfaite, essayez ceci :

  • Variez vos positions au cours de la journée.

  • Choisissez des postures confortables plutôt que forcées.

  • Levez-vous régulièrement, non parce que la chaise est dangereuse, mais parce que le corps aime la variation.

  • Renforcez graduellement votre corps pour les tâches que vous voulez faire.

  • Exposez votre dos à différents mouvements, progressivement.

  • Évitez de vous surveiller constamment.

Si une posture est douloureuse, ajustez-la temporairement sans conclure qu’elle est dangereuse.

Si une douleur persiste, s’aggrave, ou s’accompagne de signes inquiétants, consultez une personne professionnelle qualifiée.


Le message à retenir

Ce n’est pas une question de posture parfaite.

Ce n’est pas seulement une question de position assise.

C’est surtout une question de mouvement, de variation, de confiance et de préparation.

Alors, au lieu de demander : « Est-ce que je suis bien droit? »

On pourrait demander :

« Est-ce que je bouge assez souvent? »

« Est-ce que mon corps est préparé à ce que je lui demande? »

« Est-ce que je fais confiance à mon dos? »


Je crois qu’on doit arrêter d’en mettre sur le dos de la posture.


Andrée-Anne



Références

O’Sullivan, K., O’Keeffe, M., O’Sullivan, L., O’Sullivan, P., & Dankaerts, W. (2013). Perceptions of sitting posture among members of the community, both with and without non-specific chronic low back pain. Manual Therapy, 18(6), 551-556. https://doi.org/10.1016/j.math.2013.05.013


O’Sullivan, P., Straker, L., & Saraceni, N. (2022, 18 août). Good posture doesn’t prevent back pain, and bad posture doesn’t cause it. The Guardian. https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2022/aug/18/good-posture-doesnt-prevent-back-pain-and-bad-posture-doesnt-cause-it


Richards, K. V., Beales, D. J., Smith, A. J., O’Sullivan, P. B., & Straker, L. M. (2016). Neck posture clusters and their association with biopsychosocial factors and neck pain in Australian adolescents. Physical Therapy, 96(10), 1576-1587. https://doi.org/10.2522/ptj.20150660


Slater, D., Korakakis, V., O’Sullivan, P., Nolan, D., & O’Sullivan, K. (2019). “Sit up straight”: Time to re-evaluate. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 49(8), 562-564. https://doi.org/10.2519/jospt.2019.0610


Caneiro, J. P., O’Sullivan, P., Burnett, A., Barach, A., O’Neil, D., Tveit, O., & Olafsdottir, K. (2010). The influence of different sitting postures on head/neck posture and muscle activity. Manual Therapy, 15(1), 54-60. https://doi.org/10.1016/j.math.2009.06.002


 
 
 

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